S'il y a un nom qui revient souvent dans les pochettes d'albums des artistes de la scène locale, c'est bien celui d'Éric Goulet, membre du groupe Les Chiens, mais aussi musicien prolifique et réalisateur de talent. Ne s'assoyant pas sur ses lauriers, préférant probablement les mettre dans sa sauce à spaghetti, Goulet a passé tout le mois de novembre à Paris afin d'y suivre un stage de perfectionnement au Studio des Variétés. On nous a aussi appris par voie de communiqué que "son séjour parisien sera l'occasion de mettre à plat les maquettes de son second album solo". Son projet solo, c'est Monsieur Mono, où il délaisse le rock pour une chanson douce et triste à mort. Son premier album Pleurer la mer morte a obtenu un succès inespéré. C'est personnellement le matériel de Goulet qui me séduit le plus, loin devant les pièces de son groupe, qui peine à me rejoindre. Et si on suppose que "mettre à plat" est une image pour dire enregistrer un disque, c'est que nous serons gâtés d'ici quelques mois!
Pour ceux d'entre vous qui êtes à Paris, ou ceux qui possèdent un concorde ou un jet privé et un patron compréhensif, sachez que Monsieur Mono sera ce soir le 28 novembre en concert au Pont 9, dans le premier arrondissement parisien, métro Châtelet.
mardi, novembre 28, 2006
Monsieur Mono disparu à Paris
Publié par
Philippe Papineau
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11:33 a.m.
lundi, novembre 27, 2006
Un peu de musique anglophone - Tom Waits
Vous me permettrez, chers internautes, de traverser la frontière linguistique pour vous suggérer le dernier disque de Tom Waits. Il vous en coûtera environ 45 $ pour l'acquérir, mais c'est un très bon investissement: l'album recueille plus de 3 heures de matériel.
***
Orphans - Brawlers, Bawlers & Bastards
Tom Waits
Anti Records
À peine deux ans après l'excellent Real Gone, Tom Waits est de retour avec rien de moins qu'un généreux album triple, intitulé Orphans: Brawlers, Bawlers & Bastards. Le chanteur de 56 ans a mis de l'ordre dans son garage, organisant en trois catégories une trentaine de nouvelles mélodies, de vieux morceaux retravaillés, des reprises (The Ramones, Kurt Weil et Frank Sinatra, entre autres) ainsi qu'une série de bizarreries (des monologues, des textes de Jack Kerouac et de Charles Bukowski).
En gros, le triptyque se sépare comme suit: Brawlers regroupe les chansons rythmés, Bawlers, les ballades, et Bastards, les bâtardises! L'édition limitée offre une magnifique pochette qu'on souhaiterait par contre un peu plus bavarde à propos de la provenance des pièces. Celles-ci sont toutefois à la hauteur des attentes, et leur abondance (56 titres, dont deux cachés) ne dilue en rien le plaisir éprouvé à l'écoute de ce petit bijou à trois faces. Presque 30 albums après Closing Time, le chanteur à la voix écorchée reste magistral et réussit toujours à nous renverser. Chapeau.
Philippe Papineau
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Publié dans Le Devoir du 24 novembre 2006.
Publié par
Philippe Papineau
à
11:43 a.m.
jeudi, novembre 23, 2006
The Breastfeeders, yes sir madame!
En naviguant de liens en liens sur la grande toile à la recherche d'informations numérisées, je suis tombé sur la page des Breastfeeders. Étonnament, tout y est en anglais, Discography, News, Promotional Material, Biography... Nos mamelles nouricières musicales préférées seraient-elles devenus unilingues anglais? N'y aurait-il pas une petite place pour un choix Français/Anglais à l'accueil? Shocking! J'appelle immédiatement la Société Saint-Jean-Baptiste.
Après quelques essais-erreurs, je me suis rendu compte que tout résidait dans l'endroit où vous cliquez dans l'image d'explosion. À gauche du kaboom mène vers la page en français. À droite du pataclow, vers l'anglais. Mais faut le savoir en batèche. Alors soyez prudent, et cliquez à gauche.
***
Par ailleurs, il est possible d'y retrouver leur plus récent vidéoclip pour la chanson Funny Funiculaire, dans la section Videos, avec pas d'accent en anglais. Stéphanie Weber-Biron s'est occupé de la réalisation.
http://www.lesbreastfeeders.ca/
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Philippe Papineau
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9:56 p.m.
Camionnette à Franco Phil
Dans le cadre du Salon de la Musique Indépendante qui se tient se week-end au Café Campus, CIBL reçoit une pléthore d'invitée. J'ai l'insigne honneur de recevoir ce vendredi matin la formation Camionnette, avec deux n et deux t, dès 11h sur les ondes du 101,5 FM. Au plaisir de vous parler d'eux avec eux, qui parleront d'eux-mêmes.
Franco Phil, le vendredi de 10h à midi, au 101,5 FM, ou au www.cibl1015.com
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Philippe Papineau
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9:02 p.m.
lundi, novembre 20, 2006
Psychocaravane - Critique
À l'abri du convoi
Psychocaravane
L--Abe/Select
À vos chapeaux de cowboys, Psychocaravane est de retour! Le trio composé de Roger Miron (Les Chiens), Jean Larocque et d'Éric Rathé livre son second effort, À l'abri du convoi, un disque intrumental aux saveurs country-rock et aux ambiances poussièreuses. Au fil des 13 pièces se succèdent les routes de terre brulées par le lourd soleil du Nouveau-Mexique, les siestes sur la large banquette arrière de la Cadillac décapotable, l'entrée au village perdu sous les regards des résidents inquiets, voire quelques bottes de foin poussées par le vent... Il y a du Ennio Morricone là-dessous -- c'est une évidence, parfois un peu trop évidente --, et même une petite touche de vieux Genesis à la fin de En otage. À l'abri du convoi se laisse écouter très facilement, tellement qu'on peine un peu à en retenir un air, mais quand on s'y attarde, on ne peut qu'apprécier le son bien travaillé des guitares, des claviers et du lap-steel. Psychocaravane vous offre une bonne trame sonore, à vous de vous faire le cinéma.
Philippe Papineau
Publié dans Le Devoir du 17 novembre 2006
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Philippe Papineau
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10:13 a.m.
Dans une Galaxie de plus en plus loin de chez vous
Toute l'énergie déversée par le groupe rock québécois Galaxie 500 et son leader Olivier Langevin sur les scènes de la province commence à rapporter à l'international, tout particulièrement en France. Le Devoir a rencontré l'orfèvre de la formation quelques jours avant sa véritable rentrée montréalaise, le 24 novembre, au Café Campus.
Philippe Papineau
«J'en reviens pas, c'est trippant, je m'attendais jamais à ça.» Le guitariste Olivier Langevin, à la tête de Galaxie 500, manque d'épithètes pour décrire «ça», une offre que lui et sa bande ont récemment reçue d'une maison de disques française et qui non seulement leur permettrait d'être distribués là-bas, mais leur assurerait aussi un certain nombre de concerts dans l'Hexagone.
Assis devant son café, une tuque noire sur la tête écrasant ses cheveux roux, le musicien essaie de contenir sa joie tant bien que mal. «C'est pas encore signé, il y a quelques points à clarifier, mais l'offre est vraiment très bonne», précise Langevin, qui préfère taire pour l'instant le nom de la maison française jusqu'à ce que le tout soit officiel. La patronne de ladite maison de disques est déjà venue faire son tour à Trois-Rivières à la fin du mois d'octobre pour rencontrer Langevin et ses musiciens, François Lafontaine ([karkwa]), Fred Fortin, Vincent Peake (GrimSkunk, ex-Groovy Aardvark) et Pierre Girard. Preuve que la signature est imminente, elle sera même de passage ce soir et demain au Lac-Saint-Jean pour finaliser les détails de l'entente qui les liera. «J'aimerais ça signer au Lac, qu'une compagnie française vienne signer à Saint-Félicien, d'où je viens. Je trouverais ça ben trippant comme concept», rigole Langevin.
Si tout se règle comme prévu, les deux albums du groupe seront distribués en France, le deuxième d'abord. Langevin a aussi l'intention de faire refaire la pochette du premier opus éponyme par son ami Martin Bureau, qui a réalisé les très belles oeuvres qui ornent le livret du Temps au point mort, le plus récent album de Galaxie 500. Déjà, une quinzaine de spectacles sont prévus à partir de la mi-mars, et la formation aura même droit à un lancement à Paris.
Angleterre
Comme si les choses n'allaient pas déjà assez bien, les gars de Galaxie 500 peuvent aussi compter sur un appui de taille en Angleterre et aux États-Unis en la personne de Pete Smith, un vieux routier qui a déjà travaillé avec les Who et Led Zeppelin et qui oeuvre maintenant avec Roger Waters. Smith est tombé sous le charme du rock puissant du groupe pendant le Festival d'été de Québec, au point de se payer un billet d'avion de Londres pour revenir les voir jouer... à Rouyn-Noranda! «Y a rien de vraiment sérieux entre nous et Pete, mais il trippe ben raide sur nous autres, explique un Langevin un peu dépassé par les événements. C'est un contact qui va peut-être nous ouvrir des portes dans les festivals, mais disons qu'on s'en va pas conquérir l'Angleterre.»
Aux États-Unis, Galaxie 500 ne se butte pas à un problème linguistique, mais plutôt à un problème d'appellation, car un groupe du même nom y existe déjà, ce qui chicote les producteurs rencontrés par la formation. Langevin semble même s'être résigné à y changer le nom de sa bande, mais n'a pas encore arrêté son choix. Quant à la langue, ce n'est pas un souci pour lui. «C'est l'énergie du band sur scène qui va d'abord nous permettre de percer, peu importe la langue.»
Le rouquin se réjouir des percées internationales de son groupe car il est bien conscient que le type de musique qu'il compose, sans appui des radios, ne peut pas être très rentable. À ce jour, un peu plus de 2000 exemplaires du Temps au point mort ont été écoulés. «C'est pas trop de la musique qu'on écoute en soupant! C'est pour ça que ça serait le fun que ça marche bien en France, ça permettrait d'élargir le champ de tir. Ça prendrait pas un énorme succès là-bas pour égaler les ventes d'ici.» D'ici là, Galaxie 500 a encore les pieds ancrés en sol québécois. Vendredi prochain, le 24, le groupe sera sur la scène du Café Campus pour ce qui est considéré par Olivier Langevin comme la véritable rentrée montréalaise du quintette. «On va faire des tounes qu'on fait pas d'habitude, les chansons plus relax de l'album, comme Nuages à boire, que tout le monde nous demande. C'est notre soirée, on se paie un trip.»
Publié dans Le Devoir du 17 novembre 2006. Photo Jacques Grenier Le Devoir
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Philippe Papineau
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10:08 a.m.
vendredi, novembre 10, 2006
Un clip pour Band de garage
Le dynamique duo rock Band de garage vient d'ajouter sur son site web leur nouveau clip pour la pièce La chèvre, la plus politisée de leur dernier et premier album Corpo-Trash-Vidange.
On les a comparé souvent aux White Stripes, ne serait-ce que parce qu'ils ne sont que deux. Marc-André et Frank font avec ce clip un petit clin d'oeil au célèbre groupe. L'esthétique du clip rappelle un peu celle du vidéo de Seven Nation Army, par la répétition des formes. Évidemment le groupe n'a pas les moyens de la grosse machine de Jack et Meg White, mais le clip réalisé par Christopher Langston a de la gueule et on imagine facilement le trip qu'ils ont pu avoir à jouer sur les "lifts". La musique élève les âmes, ici elle élève les instruments!
Par ici pour le clip!
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Philippe Papineau
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12:39 p.m.
mardi, novembre 07, 2006
Le retour de Poncho Guitare
Poncho Guitare. Oui, oui, Poncho Guitare. Rien à voir avec André Guitar, auteur de la P'tite grenouille. Ben rien, faudra vérifier. Poncho Guitare, c'est un nouveau projet de Simon Jodoin, anciennement du groupe Mort de rire et plus récemment à la tête de l'excellent Fuckingrüvin Virtual Dumb Band. Il y a maintenant plus d'un an qu'il m'en a glissé un mot, lors d'un passage à Bande à Part, et voilà qu'une première chanson émerge sur le merveilleux World Wide Web, la large toile mondiale.
Le morceau Le silence et l'utopie semble tout droit tiré des tiroirs du FVDB, avec un angle plus "chanson" que les pièces de l'album Folk Off. Une fusion entre les très sympathiques pièces de Mort de rire et les savants bidouillages du FVDB.
Simon vous invite à aller faire un tour sur le site ponchoguitare.com, "atelier virtuel où vous pouvez suivre en direct l'évolution des plus récentes recherches du Fuckingrüvin Virtual Dumb Band. Poésie, dialogues dramatiques et musique ontologique s'y côtoient dans le seul but de vous lancer de la poudre aux yeux et de parfaire notre réputation dans le monde du showbusiness!"
J'aime bien la façon d'écrire de Jodoin. C'est jamais banal, jamais inutile. C'est pas tout poli, tout lisse, et c'est tant mieux. On peut souvent s'y attarder, lire et relire. "Entends-tu / Mon pays / La chanson que je fais pour toi / Je la chante un peu tout croche / C’est vrai que je ne sais pas chanter / J’ai appris comme ça sur le tas / Un peu comme on gosse des bouts de bois / Ou que d’autre se trouvent des hobbys / Quitte au pire à les inventer."
Télécharger la chanson par ici -->
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Philippe Papineau
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12:23 p.m.
Les Ratés sympathiques - la critique de Biz
La réussite des Ratés
Biz
Membre du groupe Loco Locass
Collaboration spéciale
Dimanche soir au Club Soda, les critiques musicaux québécois ont eu le courage d'affronter le public à visière levée, avec dignité et vulnérabilité.
Avouons-le d'emblée: une part infime et mesquine de moi espérait que les Ratés ratent complètement leur tour de chant. C'est bête et méchant, mais c'est comme ça. Peut-être qu'au fond, j'aurais aimé pouvoir venger tous les confères fauchés par les mines (de crayon, bien sûr) des critiques assassines ou, encore, régler un vieux contentieux avec Sylvain Cormier, qui écorcha jadis Loco Locass. Mais le règlement de comptes n'aura pas lieu. J'ai eu beaucoup de plaisir à la soirée des Ratés sympathiques.
Bien sûr, comme c'est souvent le cas lorsqu'on juxtapose une trentaine de numéros disparates, l'ensemble manquait de cohésion, et on aurait gagné à faire appel à un véritable metteur en scène. Composé en majorité de vieux classiques québécois et français, le répertoire proposé était convenu et prévisible: décevant pour des spécialistes en musique. Il faut ici saluer l'audace de Richard Labbé, Alain Chartrand, Éric Robitaille et Patrick Baillargeon, qui ont osé nous servir des compositions de leur cru. Une mention spéciale à Catherine Perrin, pour sa version énergique et tragique de la superbe pièce de Karkwa La Fuite. On n'étonnera personne en soulignant la pauvreté générale des larynx en présence. Incarnée par Paule-Vermot-Desroches, la seule vraie voix de la soirée était malheureusement au service de la mièvrerie poétique de Lynda Lemay. Voilà pour les bémols. Les dièses maintenant.
Les Ratés ont étonné par leur dignité et leur vulnérabilité. C'est leur plus grande réussite. Ils ont eu le courage d'affronter le public à visière levée, sans dissimuler leur trac et leurs erreurs derrière des pitreries ou une fausse nonchalance. Certains, telle la sympathique Carole Ménard, avaient un aplomb qui trahissait une réelle expérience de la scène. Quant aux deux Ratés du Devoir auxquels j'étais jumelé, ils ont fait honneur au quotidien de la rue De Bleury. C'est à Sylvain Cormier que revenait l'ingrate tâche de casser la glace. Il a donné le ton à la soirée avec une solide interprétation de Pour la musique de Georges Dor. En pleine possession de sa chanson, son plaisir était visible et contagieux. Philippe Papineau a livré une version sans fautes, quoique un peu timorée, de J'm'en retourne de Dany Placard.
Quelques coups de coeur en vrac. Richard Labbé, qui a médusé tout le monde avec une attitude frondeuse digne de feu Jean Leloup. Claude André, qui a livré le brûlot anarchiste de Renaud Où c'est que j'ai mis mon flingue avec une fougue et une hargne bien senties. Philippe Rezzonico, pour le culot d'Aznavour a cappella. Isabelle Lacasse et Valérie Guibbaud, en Call girls assumées. Luc Fortin, superbement «sensible à l'invisible» dans Ma belle amour de Rivard. Pierre Landry qui, déguisé en Elvis gonflable, a proposé un psychotronique pot-pourri de Passe-Partout. Et ma première étoile, le gambadant Philippe Renaud, en hilarant ragga man survitaminé.
Impossible de passer sous silence la phénoménale animation de notre Monique Giroux nationale et du Français Calixte de Nigrepont, un aristocrate délicieusement extravagant, un authentique maître de cérémonie, à l'esprit vif et fin, toujours au service des artistes. La complicité et la spontanéité du tandem ont généré des moments de pur génie. Chapeau! -- ou plutôt, jabot! -- Calixte et Monique.
Mon expérience de critique ne serait pas complète sans les incontournables flèches venimeuses. Je les décoche au Belge Thierry Coljon qui, en fin de soirée, a mis tout le monde mal à l'aise en étirant un mauvais numéro à propos de Soeur Sourire, la seule artiste à avoir hissé une chanson francophone au sommet du Bilboard. L'idée était bonne, mais le «Plat Pays» méritait meilleur ambassadeur. Coljon a magistralement démontré que, sur scène, on peut avoir du scotch ou de l'ego, mais pas les deux.
En grande finale collective, les Ratés (décidément mal nommés) ont entonné l'incontournable Ordinaire de Charlebois. Il ressort de tout ce beau tapage que, même s'ils évoluent dans des univers complètement différents, critiques et artistes partagent un amour inconditionnel pour la musique. Je tâcherai de m'en souvenir quand Loco Locass se fera varloper.
***
Publié dans Le Devoir du mardi 7 novembre 2006. -- Merci à Pedro Ruiz du Devoir pour la photo.
Publié par
Philippe Papineau
à
11:41 a.m.
lundi, novembre 06, 2006
Les Ratés sympathiques
Ah! rebonjour chez lecteurs de l'autoroute de l'information, me voici de retour après près d'un mois d'absence, pour cause de vacances sur le vieux continent. Vous me pardonnerez de ne pas vous en faire le récit, ni de vous montrer les photos de voyages, de toutes façons, on prend toujours tous les mêmes photos de voyage. Bénabar disait dans Les épices du souk du Caïre: "Qu'est-ce qui nous pousse au fond à refaire à la chaîne, tous les mêmes photos qu'on a vu par centaines, des photos de monuments qui sont jamais très belles, mais c'est nous qui l'a fait c'est pas la carte postale. Les photos de voyage à l'autre bout de la terre, les mêmes paysages, des mêmes belvédères."
***
Ceci étant dit, le retour de voyage ne se fit pas en douceur, puisque à peine débarqué de mon concorde privé, je devais me lancer dans les préparatifs de mon SPECTACLE, enfin du spectacle des Ratés sympathiques, qui avait lieu hier au Club Soda dans le cadre des Coup de coeur francophone. L'idée de l'évènement: inverser les rôles. Les critiques montent sur scène, et les artistes descendent dans la salle pour critiquer. Et bien votre humble serviteur a eu l'étrange idée d'accepter cette invitation.
La première difficulté, c'est de choisir une chanson, en français. UNE chanson, parmi les 45 milliards de chansons. Une qui vaut la peine d'être chantée, une qui "fitte" avec le beat scène locale, une qui se chante pas trop difficilement. Une dont on va se souvenir des paroles. Et une qui se joue pas trop mal à la guitare, car j'avais bien l'intention d'amener avec moi sous les projecteurs ma bonne vieille acoustique, protectrice et compagnone de longue date. (On m'a dit un jour que les filles passent mais que les guitares restent.) Tant qu'à chanter, aussi bien jouer. Mon choix s'est arrêté sur une chanson de Dany Placard, J'm'en r'tourne, soit dit en passant le titre de chanson qui compte le plus d'apostrophes dans l'histoire de la musique.
Il était environ 14h30 hier après-midi quand je suis monté sur la scène pour mon sound check. J'ai appelé toutes mes connaissances pour leur dire que je pouvais pas leur parler longtemps car j'avais un sound check. "Ouais, non, ouais, Linda, je dois te laisser, j'ai mon test de son pour mon concert de ce soir au Club Soda. Allez à plus chérie." Je branche ma guitare, je spotte mon X en ruban gommé blanc sur le sol, je regarde vers l'horizon. Je sors de ma poche gauche mon pic, dit également plectre ou médiator (voir Les picks, de Mononc' Serge). Le groupe derrière commence les premières notes poussièreuses de cette belle chanson de voyageur errant. Devant moi, la foule est composée de journalistes, de chaises empilées et de techniciens de son et de scène. Déjà, je vois dans leur regard qu'ils admirent mon travail sur scène, et que malgré mon expérience limitée (environ 4 secondes, soit depuis le début de l'intro), j'ai l'air d'un pro. "On n'apprend pas au vieux merle à siffler", disait Rémi, un personnage de On the Road, de Jack Kerouac. On la refait, juste pour la chance, et aussi pour ajuster quelques détails au niveau des arrangements, dont je ne suis pas satisfait. Ces musiciens de métier...
Puis l'attente, l'interminable attente. Avec les filles de la chorale de CIBL, qui chantait Tout va très bien, madame la marquise, on va boire pour oublier le trac. Mick Jagger me le disait pas plus tard qu'hier, "le trac, Phil (il m'appelle Phil), c'est toujours là, même après trente ou quarante ans de carrière." Je me contente de deux verre de vins, et puis on va manger du chinois, peut-être pas la meilleure idée, mais rien de malheureux ne s'est produit au niveau gastrique, je vous rassure. Faut toujours se méfier des rouleaux impériaux.
19h. Dans les loges. Murs jaunâtres, sofa en cuir, miroirs avec les ampoules autour, petit frigo... sans bière. J'enfile mon costume de scène, mon T-Shirt de Johnny Cash. Philippe Renaud, de La Presse, fait une crise de vedette et exige de l'alcool. Je seconde, mais ayant les mains de plus en plus moites, j'ai énormément de difficulté à ouvrir ma Boréale blonde. La Boréale est toujours plus tough à ouvrir que la Molson. Faut la mériter. À la moitié du liquide houbloné, j'ai un doute. La bière, ça fait roter. S'y fallait qu'entre deux couplets je me lâche une éructation dans le micro, ma carrière d'auteur-compositeur-interprète tant rêvée tomberait inévitablement à l'eau. Je serais condamné à ne jouer qu'à CIBL et dans les salles miteuses de la ville. Je prends donc une pause de bière.
L'angoisse du reflux gastrique n'est par contre rien par rapport à celle du blanc de mémoire. Debout dans la loge, avec tous les collègues nerveux ou névrosés, je tente de me trouver des trucs mnémotechniques. Lien avec des couleurs, des sons, des faces. Puis viens le temps de me rendre en coulisses, quelques chansons avant ce qui sera sans doute reconnu comme la plus triomphale de mes entrées sur scène, voire la seule. Je fais accorder ma guitare (je pense que c'est le plus l'fun. J'ai toujours de la misère avec ma corde de si, elle est capricieuse.), puis Monique Giroux et Calixte de Nigremont vont parler à Biz, de Loco Locass, qui a la difficile tâche de trouver des défauts à ma performance et à celle de mon collègue Sylvain Cormier, instigateur de cette soirée. Biz, fesse un peu sur Cormier, pif paf pouf. Batinse, pis moi qui passe après. Monique parle parle parle. Moi en coulisse, je suis blêmissime. Depuis trente secondes, je tente de me souvenir de la première phrase de cette satanée chanson. Je capote. Mon coeur vient d'aller prendre une pause de battement, puis comme frappé de la divine providence, me reviens en tête : "J'ai pas une cenne et je voyage..." Pfiouuuuuuuuuuuuuuuuuuuu.
Monique dit que je suis le chouchou du Devoir, ce que mon fan club -- essentiellement composé de filles, c'est normal -- s'empresse de justifier. Hurlant, criant, je dois les calmer avant ma prestation, d'un regard lointain et d'un sourire dévastateur. Biz est placé au premier rang, et je fais tout pour regarder le plus loin possible, et surtout personne. Mine de rien, y'a du monde dans un Club Soda presque plein. Jean, le chef d'orchestre, donne le signal, la guitare part, et y'a plus de retour possible. Affronter le public. Quel métier de débile mental.
Je chante du mieux que je peux, j'ai beaucoup de guitare dans le moniteur et pas beaucoup de voix, mais y parait que j'ai pas (trop) faussé. La foule, hystérique, en redemande. J'ai préparé en catimini un rappel de trois chansons, mais on me dit qu'on a pas le temps, alors je dois me résigner à quitter la scène. Sans farce, quand je suis sorti de là, j'étais entre deux feelings. 1- Jamais je ne referais ça. 2- Je peux-tu y retourner maintenant.
Alexandre Vigneault, de La Presse, qui a fait un rap de la mort avec son collègue Renaud, a eu cette bonne pensée. "C'est pas pire, on n'a même pas fait Star Académie pis on commence par le Club Soda." Ce à quoi j'ai répondu: "Ouais, maintenant on peut juste descendre".
***
Merci à tous les collègues pour le support moral, merci aux super musiciens et aux techniciens présents, qui ont travaillé en pro et qui ont tout fait pour nous faire sentir en confiance. Merci au Coup de coeur francophone pour l'invitation, merci au public dans la salle qui nous a applaudit chaleureusement. Merci à Lise Raymond, Louise Beaudoin et leur équipe pour la logistique.
Mon album sort d'ici février 2007. Tournée des cégeps en mars.
Publié par
Philippe Papineau
à
10:14 a.m.



