lundi, mai 31, 2010

Sunny Duval: Doo-wop, vahinés et boules de feu



Il y a de ces disques qui sont en parfaite harmonie avec la saison où ils sont lancés, et le deuxième et plus récent disque solo du guitariste montréalais Sunny Duval ne pouvait mieux tomber qu'en période de chaleur estivale. Sortez votre peigne et votre Brylcreem, glissez sur le capot de votre Cadillac 1957 décapotable de huit mètres de long, regardez la poupée hawaïenne se dandiner sur le tableau de bord, et démarrez en trombe!

Avec le disque Sein noir sein blanc, François «Sunny» Duval plonge dans un rock'n'roll beaucoup moins bruyant que celui de son groupe Les Breastfeeders, et aussi moins brouillon que celui enregistré sur Achigan, son premier disque solo paru en 2005. Le polyvalent et très occupé musicien — qui a récemment joué avec le Maï Taï Orchestra, Patrick et les brutes, St-Sipoplette et autres projets en tout genre — mélange aujourd'hui ses rythmes saccadés avec le country, le doo-wop et quelques touches de musique hawaïenne.

Est-ce que Sunny serait donc un brin Elvis dans l'âme? «Dans ma façon de penser, je suis beaucoup plus proche de Jerry Lee Lewis, beaucoup plus près de la fête, de Great Balls of Fire, corrige Duval. Y'a un disque live de lui qui traînait à l'Escogriffe [un bar de la rue Saint-Denis, repère de plusieurs musiciens], et ç'a été une révélation. On aurait presque dit que le batteur jouait du punk tellement c'était rapide.»

Filles, filles, filles
Il est abondamment question de filles (plus ou moins vêtues) sur ce disque autoproduit, mais le titre fait d'abord référence à la musique. «Le rock est une femme avec une mamelle noire et une blanche, lance Sunny Duval. La majeure partie de toutes les musiques qu'on a maintenant vient de la musique de la fin des années 1800, qui ensuite s'est croisée avec le jazz, puis qui est devenue le blues et le country... L'essentiel est là, c'est ce que j'aime le plus, le regroupement des deux sphères.»

Le guitariste voulait faire un disque où il y aurait des voix partout, et il s'est d'ailleurs arrangé pour leur laisser de la place. «Souvent, dans mes autres projets, on se retrouve avec un batteur qui veut jouer de tous les morceaux de sa batterie en même temps! Là, je tenais à avoir quelque chose de plus dégagé, il n'y a presque pas de distorsion sur l'album, les guitares sont propres, le son de la basse est assez clair aussi.»

Duval a donc invité quelques charmantes «vahinés» au micro, venues faire des harmonies vocales, des duos ou des «Hou-wop-be-dou-wop», dont Felicity Hamer (United Steel Workers of Montreal), Azure Degrâce (Jésus les filles) et Isabelle LeDoussal (Prototypes). «C'est tellement plaisant d'enregistrer des voix, de choisir quelle note sera chantée par quelle personne, qu'est-ce qu'on chante comme syllabe. Il y a quelque chose de fascinant avec les onomatopées, leur côté tribal et dansant. C'est ça qui primait.»

Si l'on considère souvent Sunny Duval comme «le guitariste des Breastfeeders», le principal intéressé précise que ses disques solos «ne sont pas des projets parallèles». Son groupe sortira un nouveau disque cet automne, mais il assure qu'il n'a pas l'intention «de faire sacrifier l'un pour l'autre». En attendant, celui qui a fait paraître il y a quelques mois En d'sous, un recueil de ses chroniques parues jadis dans La Presse, caresse maintenant le projet d'écrire un nouveau livre, un roman cette fois-ci. «C'est sur la table de travail, je ramasse des personnages. À un moment donné, je vais les faire interagir!»

***
Écoutez la pièce Sein noir sein blanc








mercredi, mai 26, 2010

Vidéoclip: Demain peut-être - Émilie Proulx

Si je ne me trompe pas, voici le tout premier clip fait pour le disque d'Émilie Proulx, La lenteur alentour. La pièce choisie, Demain peut-être, ma préférée du disque, je crois bien, si je me fie à ce que je fais jouer à Franco Phil!

Réalisé par Pierre-Luc Racine, le clip s'attarde doucement à de courts mouvements, le doigt qui laisse filer la page que l'on vient de tourner, le sourcil du chien qui bouge à peine, les grains de poussière qui volent, les volutes au-dessus du café chaud. Il y a quelques effets de flou et d'animation qui me convainquent peu, mais c'est un vidéoclip en grande harmonie avec la pièce.

Émilie Proulx, qui est en nomination pour le prix Félix-Leclerc, annonce déjà sa présence aux FrancoFolies, le 15 juin, à l'extérieur -- la programmation n'est toujours pas officiellement dévoilée.

Demain peut-être - Émilie Proulx from Pierre-Luc Racine on Vimeo.

La valeur des Misteur

Le groupe Misteur Valaire a finalement opté pour l'approche hybride pour la mise en marché de son troisième disque, Golden Bombay. En plus d'être disponible en magasins, l'album est aussi disponible sur Internet, et ce, au prix que l'Internaute juge être le bon pour lui.

C'est un peu la "méthode Radiohead", qui avait usé de la même stratégie pour In Rainbows. Tu ne veux/peux pas payer? Tu inscrit zéro, et tu te sauves en courant avec des mp3. Tu as envie de leur donner 100 $? Vas-y, fais-le. Suffit de visiter le http://www.goldenbombay.mv.mu/

Le gérant du groupe électro-jazz-pop rétro-futuriste (bon, j'exagère peut-être), Guillaume Déziel, a fait un bilan temporaire il y a quelques jours. Pendant les 3 premiers jours de vente, Misteur Valaire a attiré 919 mélomanes, qui ont payé en moyenne 3,08 $ pour le disque de onze morceaux.

En enlevant les données de ceux qui n'ont pas payé -- tout de même plus de 50 % des visiteurs! --, la valeur du CD atteint 7,49 $, un montant tout de même intéressant étant donné que ces sous ne passent pas par des intermédiaires et vont dans leurs poches. Les gens qui payent donnent grosso modo 5 $ ou 10 $.

Lisez le message complet de Déziel, incluant les commentaires, pour plus de détails. On verra sur le long terme si les tendances se modifieront.

mardi, mai 25, 2010

Même pas mort

Bonjour lecteurs,
Un mot pour vous dire que non, Franco Phil n'est pas mort, mais que son auteur vit des moments informatiques difficiles. Je serai bientôt de retour et plus assidu!

lundi, mai 17, 2010

Vidéoclip: Marie tu pleures, Karkwa

Voici le plus récent clip de Karkwa, pour la pièce Marie tu pleures, tirée de leur dernier disque Les Chemins de verre. Réalisé par Nathanaël Le Scouarnec, de la Blogothèque, le vidéo montre le groupe en train de jouer la pièce sur scène, un choix logique étant donné la captation "live" de la pièce sur l'album. Bon, y'a quelques trucs qui sont plaqués, comme le rire final qui n'est sûrement pas celui de Louis-Jean et de sa voix de boucane, mais on sent le trip de groupe. Reste que le vidéo enregistré à La Frette lors de l'enregistrement du disque reste à mon avis plus fort, plus authentique. Si je ne m'abuse, c'est le même réalisateur qui a travaillé sur les deux prises. À vous de comparer!



Karkwa - Marie tu pleures pour rien - Un Concert à emporter from La Blogotheque on Vimeo.

Virée à Lavaltrie pour voir Fred Fortin

L'inviteuse — Eille, tu viens voir Fred samedi?
Moi, comprenant d'emblée que "Fred" est celui qui porte le patronyme Fortin — Fred? Samedi? C'est où?
L'inviteuse — Lavaltrie.
Moi — ... Lavaltrie?
L'inviteuse — Ouais, Lavaltrie, s't'affaire.
Moi — C'est où ça?

Faque c'est comme ça que je me suis retrouvé dans une Communauto avec trois fans de musique (et de "Fred"), sur la 40 direction Est, objectif Lavaltrie et son café culturel La Chasse-galerie, question d'aller découvrir du pays. Et voir un spectacle sans faire de blabla avec les collègues dans le fond de la salle en écoutant à moitié.

Après quelques minutes à mater les baraques banlieusardes avec vue sur le Fleuve probablement situées dans des zones inondables, on se rend à ladite salle de spectacle pour aller chercher les billets. Il est tôt, et le test de son encore en branle nous met en appétit pour le concert. Sur la terrasse de bois, une dame nous explique que l'endroit est une coopérative, gérée par ses membres. Et le ton est en harmonie avec l'endroit: convivial au possible. Sébastien, copropriétaire, nous accueille au comptoir.

Le copropriétaire — C'est toi Philippe?
Moi, un peu gêné d'être sur la guest — vi...
Le copropriétaire: Bienvenu, merci d'être là! (poignée de main franche et regard fier dans les yeux).

Même accueil pour mes trois comparses. Poignée de main, sourire, Monsieur, Madame, Madame, bonjour, bonjour. C'est d'ailleurs le même gars qui fait le service dans la salle, et qui a sincèrement l'air content de t'avoir amené une bière de L'Alchimiste, du bon petit jus brassée dans le coin.

Pause repas, à deux pas, où on a 10 % de rabais avec notre billet de show. Non mais, c'est-tu-pas la joie. Après s'être bourré à la rôtisserie victorienne (?), on entre pour de bon dans la salle, une maison carrée au toit en pente qui compte une douzaine de tables et un balcon courant sur deux des murs de l'endroit. Comme un hybride du Divan orange et du Cabaret du musée Juste pour rire. On opte pour les hauteurs, car la salle s'est rapidement remplie.

Fred, qui fêtait son 39e anniversaire, y était en format trio, avec Olivier Langevin à la guitare et à la basse et Justin Allard à la batterie. On était loin de l'Ex-Centris, nous a avoué le chanteur après le concert, comparant sa rentrée montréalaise de l'hiver à un "rendez-vous manqué".

Le concert était relativement similaire à sa rentrée, jouant beaucoup de pièces de Plastrer la lune, alternant entre les versions en groupe et les pièces guitare-harmonica. On a aussi été gâté par quelques vieux tubes, Testament, Mélane, Ben Buzzé, T'es grosse pis t'es belle, qui étaient encore plus touchants dans cette enceinte lavaltroise (oui, oui, lavaltroise).

La bande a fait quelques rappels. Dans ce type de salle qui n'a pas d'arrière-scène ni de coulisses, c'est toujours drôle de voir les artistes, sous les feux nourris des applaudissements, faire semblant de sortir de scène, de ranger les instruments lentement, pour ensuite s'échanger des regards, en hochant les épaules comme s'ils se disaient: allez, une petite encore.

Nous sommes restés assis une bonne heure après le concert à la Chasse-galerie, pour prendre un dernier verre, pour que s'imprègne en nous l'esprit de cette salle, pour piquer une jasette avec le Sébastien qui nous a accueillis (et servis des bières), pour prendre le temps de s'informer de la très bonne programmation à venir. La meilleure façon: http://www.chasse-galerie.ca/. D'ailleurs, Avec pas d'casque y sera jeudi prochain (10$), et Final Flash avec For Those About to Love le jeudi suivant.

À quand la prochaine virée?

samedi, mai 15, 2010

Golden Bombay - Misteur Valaire à hauteur d'homme



D'album en album, le groupe Misteur Valaire bouge, se métamorphose, et se départ de son esprit un brin... scolaire. Pour son troisième disque, Golden Bombay, le quintette électro-jazz plonge à deux mains dans la pop, sans se faire pute, invitant au passage une série de collaborateurs au microphone. Et pour qu'on parle davantage de musique que de mise en marché, le groupe garde le mystère sur la possible gratuité du disque.

Les cinq jeunes hommes de Sherbrooke, désormais bien installés à Montréal, ont en partie bâti leur réputation grâce au bouche à oreille, après avoir offert gratuitement leur deuxième disque, Friterday Night, sur leur site Web. À ce jour, plus de 45 000 personnes ont téléchargé leur musique. Leurs furieuses performances scéniques ont aussi marqué les foules curieuses du Québec dans les dernières années, parlez-en aux gens de Tadoussac qui ont vu France, DRouin, Jules, To et Luis défoncer la scène du Café du Fjord en 2007.

Si Friterday Night puisait dans des influences touffues et cérébrales à la Niels Peter Molvaer et à la Erik Truffaz, Golden Bombay fait plutôt la preuve que le groupe a voulu simplifier les choses et ramener leurs mélodies à hauteur d'homme. «Quand on compose, les cinq lancent des idées. On sentait le besoin de faire un certain nettoyage pour ce disque-là, explique Luis Clavis, derrière ses épaisses lunettes noires. Là on voulait trouver une seule direction par chanson. Pourtant, on n'est pas des gars de musique difficile, on écoute de la pop, plein de trucs accrocheurs. Mais le plus dur, c'est de trouver des idées efficaces qui nous intéressent quand même.»

Grâce aux invités venus chanter sur Golden Bombay, le disque s'écoute franchement plus facilement, l'auditeur ayant davantage de repères. Misteur Valaire a sorti son calepin d'adresses et a invité James Di Salvio et Liquid de Bran Van 3000, l'ex-Hot Springs Giselle Weber devenue Gigi French, Béni BBQ, Sanja Sargeant et Fanny Bloom de La Patère rose — une alliée toute naturelle qui joue déjà avec deux des membres de MV.

«Les voix n'étaient pas là pour structurer l'album, explique Luis Clavis. Mais ça nous a forcés à refaire les pièces où on avait des collaborations, parce que le vocal, ça donne envie de couper dans la toune et de faire des blocs qui reviennent... le refrain, t'as envie de le réentendre!»

Pas très sérieux dans la vie de tous les jours, les cinq amis d'enfance ont injecté dans ce disque une bonne dose d'humour et de kitsch, à grands coups d'échantillonnages farfelus — qui se souvient des fruits et légumes de Soupe Opéra? «Le rétro kitsch mélangé avec le futur, ça fait partie de notre son, dit le percussionniste. On aime explorer les vieux vinyles. De vieux trucs faits au Québec il y a 30 ans mélangés avec des beats actuels, je trouve que ça fait de belles rencontres.»

Même si le groupe a magasiné une maison de disques dans les derniers mois, Golden Bombay sera lancé de manière indépendante, avec, tout de même, un coup de pouce d'Indica pour diverses tâches promotionnelles. Luis Clavis refuse pour l'instant de dire si le disque sera offert gratuitement en téléchargement. «Ce qu'on peut dire, c'est qu'il va sortir en magasin, et qu'il va être disponible au www.mv.mu... Mais on ne dit pas de quelle façon! La réflexion a été faite, on s'est demandé ce qui était le plus sage, et moi, je suis tout à fait d'accord avec la direction qu'on a prise.» Pas de doute, les «Misteurs» cultivent le mystère.

Au Club Soda le mardi 18 mai, et au Cercle à Québec le 20 mai.

***
Écoutez November Number 3, avec Fanny Bloom.

Critique: JP Nataf - Clair

Chanson
Clair
JP Nataf
Tôt ou tard
Pour exorciser sa longue carrière avec son défunt groupe Les Innocents, le Français JP Nataf avait fait paraître en 2005 Plus de sucre, un magnifique premier album solo rempli de délicates bombes (Mon ami d'en haut, Ovale lune, La Grande Ourse), qu'on fredonne encore cinq ans plus tard. Cinq ans, c'est ce qu'il aura fallu à Nataf pour pondre Clair, nouveau recueil de perles intrigantes. Le multi-instrumentiste réussit comme peu le font à bricoler des pièces folk aux apparences simples mais à la structure hors normes, complexe, qui se joue des codes. Pensez à ses bons amis Mathieu Boogaerts et Albin de la Simone, deux autres extraterrestres de la chanson. Nataf, dont le propos demande parfois attention et décryptage, gratte abondamment sa guitare aux cordes de nylon et enrobe quelques titres de banjo, d'orgue, et de délicates percussions. Clair offre un grand plaisir, introspectif certes, mais un grand plaisir tout de même. On vous en reparle aux FrancoFolies.

***
Écoutez la pièce Elle, de JP Nataf.

mercredi, mai 12, 2010

Vidéoclip: Bernard Adamus, La Question à 100 piasses

"C'est qui le sacrament qui a écrit Vive le vent ?", chante Bernard Adamus dans La Question à 100 piasses. Vrai que quand on a pas un sous en poche, entendre les vertus du vent glacial, comme écrit par Francis Blanche en 1948, ça peut nous mettre en ta...

Adamus vient de faire paraître un premier vidéoclip pour cette chanson, où l'on suit en quelque sorte le parcours d'un billet de 100 $ dans la vie d'une série de paumés. Petite histoire sombre et sympa que celle-ci, elle qui se déroule entre la caisse, la station-service, le Rossy, le Quai de Brumes et le pawnshop. Adamus y fait en passant un clin d'oeil sur la guitare Boucher gagnée à Petite-Vallée et qui lui avait été volée. La réalisation est de David Valiquette, qui a beaucoup travaillé avec les artistes de Grosse Boîte (Coeur de pirate, entre autres).

Au Soleil, le nouveau EP de Yann Perreau





















Bonne nouvelle pour les amateurs de Yann Perreau, l'auteur-compositeur-interprète-déhancheur vient de lancer trois nouvelles pièces, rassemblées sur un EP virtuel en vente en ligne.

La compilation numérique s'intitule Au Soleil, un nom bien choisi, et vous coûtera un gros 3 $. La totalité des sommes accumulées sera remise à parts égales à trois organismes sans but lucratif, soit Jeunes Musiciens du Monde, La Fondation Rivières et Les Dîners St-Louis.

On y découvre des pièces parfaites pour l'été, avec l'esprit des années 1960 de son précédent album Un Serpent sous les fleurs, mais un peu plus hippie, brin de paille entre les dents et petit sourire en coin. Un EP parfait pour le petit rosé.

Sa maison de disque Bonsound en profite pour lancer le vinyle d’Un Serpent..., sur lequel se retrouvera le EP Au Soleil. Presque aussi généreux que chez Farah!

samedi, mai 08, 2010

Critique: Accrophone en Chine

DVD Hip-hop
Merci - Accrophone en Chine
Accrophone
Districk Music - RicoRich Prod/ Select
Le duo hip-hop Accrophone, qui a déjà deux disques à vendre à la table des marchandises, a eu la chance au printemps 2009 de faire une tournée de 16 spectacles en 20 jours en Chine. Ces jours passés dans l'Empire du Milieu ont été captés avec les moyens du bord par Félix Trépanier, qui s'est en quelque sorte infiltré entre les deux rappeurs, Emmanuel Lajoie-Blouin et Claude Bégin, et l'équipe de musiciens et de gérance. Filmée avec une caméra brouillonne, sauf à de rares exceptions, toute la bande vit un choc culturel, sociologique, voire politique. Les mouvements d'images sont rapides et le son, pas toujours au point, à l'image de leur dépaysement. On voit bien sûr Accrophone monter sur scène — et recevoir des accueils allant du délire au calme plat —, mais ce DVD n'en est pas un de musique; c'est d'abord et surtout un amusant documentaire. En bonus, on y trouve tout de même les 13 vidéoclips du duo.

mercredi, mai 05, 2010

Deux 45 tours locaux

Deux groupes locaux font paraître ces jours-ci des vinyles de deux pièces -- on se croirait dans les bonnes vieilles années des 45 tours!

D'abord, Grosse Boîte profite de l'élan de Bernard Adamus, gagnant lundi des dernières Francouvertes, pour faire paraître un vinyle de 7" comprenant la pièce Rue Ontario, qui n'était pas sur son disque Brun. D'un côté, on y retrouvera la version électro, faite par MHMHMH, et de l'autre, une version en concert de la chanson à répondre trash. Le tout sera aussi lancé en version CD, pour ceux qui n'ont pas de tables tournantes. Cliquez ici pour les détails.

Aussi, le groupe hip-hop anglo Random Recipe, tout récemment signé sur Bonsound, lance également un vinyle de 7 ". On ne vous a pas vraiment parlé du groupe sur Franco Phil, qui se concentre avant tout sur le franco -- le nom du blogue le dit, chose --, mais ils flirtent pas mal avec la scène francophone. Le disque s'intitule Shipwreck , du nom de la pièce extraite de leur album à venir le 21 septembre, et comprend aussi le titre Words Come Out. La pièce-titre est gratuite sur leur site web, là par où vous pouvez commander le vinyle imprimé à 500 copies.

mardi, mai 04, 2010

Bernard Adamus couronné aux Francouvertes


Depuis la première semaine de la ronde préliminaire des Francouvertes, c’était écrit dans le ciel en lettre de bois attachées par de vieux clous: le folk aux accents blues de l’auteur-compositeur-interprète Bernard Adamus, déjà comète locale depuis plusieurs mois, a bel et bien triomphé hier soir au Club Soda, lors de la grande finale du concours de l’alternative musicale francophone, remportant du coup le gros lot de 10 000 $. Alex Nevsky et le groupe Monogrenade ont terminé respectivement deuxième et troisième, remportant chacun leur lot de prix secondaires.

La présence de Bernard Adamus aux Francouvertes a fait jaser dans les cercles d’amateurs musique émergente, le chanteur étant selon plusieurs dans une classe à part – il était déjà le champion de la dernière édition du Festival en chanson de Petite-Vallée. La réalité leur a donné raison, puisque Adamus, poulain de l’étiquette Grosse Boîte, a mené chacune des rondes du concours, jusqu’à la victoire. «J’étais mitigé à savoir si je devais participer au concours, a avoué le chanteur au Devoir quelques minutes après sa victoire. Mais ça aurait été stupide de ne pas le faire, c’est quand même un petit marché ici. Je vis bien avec la victoire, mais je suis content de voir que les autres finalistes ont déjà des maisons de disques, sinon ç’a aurait été plus "malaisant".» Alex Nevsky est encadré par Audiogram, alors que Monogrenade travaille avec Bonsound.

Dernier à monter sur scène, Adamus a d’entrée de jeu avoué être nerveux devant une foule qui s’élevait jusque dans les hauteurs du Club Soda. Le chanteur et sa bande se sont entassés au milieu de la grande scène, «épaule contre épaule», livrant avec aplomb ses pièces folk bien grasses, des hybrides entre l’énergie vocale des Colocs et l’irrévérence de Plume. La voix un peu nouée en début de performance, Adamus a vraiment pris son envol avec une version contrebasse-voix réussie de Rue Ontario, son hymne pas très rose mais extrêmement contagieux sur l’artère montréalaise. La pièce lui a permis de gagner le prix de la SOCAN pour la meilleure chanson. Il a aussi remporté le prix du public.

Avant lui, le chanteur Alex Nevsky avait beaucoup plus d’aisance sur scène que lors de la ronde préliminaire. Mais on a toujours autant de difficulté à le cerner. Nevsky est-il un espèce de Pierre Lalonde du Mile-End, qui fait des « sha-la-la-la» racoleurs, ou alors ce chanteur ténébreux à la Yann Perreau capable de très beaux moments (Tristessa)? On en vient à ne plus savoir ce qui est drôle ou pas, ce qui est premier degré ou ironique. Confus, tout ça. Nevsky a tout de même remporté trois prix qui lui permettront de jouer aux FrancoFolies de Spa, au Coup de cœur francophone et à la ChantEauFête de Charlevoix. Quant à Monogrenade, qui a gagné le prix de la meilleure composition musicale ainsi qu’une performance aux FrancoFolies de Montréal, il devra tenter de s’éloigner de ses influences trop évidentes – Radiohead, Patrick Watson, Karkwa, etc. C’est lors des moments plus rock et plus libres que le groupe était à son meilleur.

samedi, mai 01, 2010

Finale des Francouvertes - un concours en mutation



À quelques jours de la grande finale des Francouvertes, qui aura lieu lundi au Club Soda, on peut dire sans se tromper que la 14e édition du concours musical a été fort belle, mais plutôt mouvementée. Si, dès le départ, la présence de la comète Bernard Adamus parmi les 21 participants avait fait tiquer les amateurs de musique émergente, qui jugeaient le guitariste trop connu, voici que les trois finalistes ont déjà paraphé des ententes avec des maisons de disques. L'organisation, elle, songe déjà à changer quelques règlements.

Cette année, la foule et les jurys de l'industrie — qui se partagent chacun 50 % du poids du vote — ont fait passer en finale Alex Nevsky, le groupe Monogrenade ainsi que Bernard Adamus.

Nevsky, un chanteur dur à cerner, aussi décalé que fleur bleue, a une entente en poche avec Audiogram (Pierre Lapointe, Ariane Moffatt). Il a déjà fait quelques premières parties pour Yann Perreau, qui l'a pris sous son aile. Le groupe Monogrenade, que la pièce Ce soir et son beau vidéoclip ont fait connaître aux férus de découvertes, fait un folk rock à la mode de Karkwa, tout en montagnes russes. La bande s'est entendue pendant le concours avec Bonsound (Radio Radio, Marie-Pierre Arthur). Quant à Bernard Adamus, recruté il y a plusieurs mois par Grosse Boîte (Tricot Machine, Coeur de pirate), il a déjà vendu quelques milliers d'exemplaires de son premier disque folk-blues de galerie, Brun.

La directrice des Francouvertes, Sylvie Courtemanche, est à l'écoute des critiques, tout en y voyant la preuve que la vitrine qu'elle propose est précieuse pour beaucoup d'amateurs de musique. «Personne ne doute du besoin ou de l'objectif des Francouvertes, mais y'a des gens qui remettent en cause une partie de notre façon de faire, précise-t-elle. C'est clair qu'on va modifier des choses, entre autres dans les critères de sélection. Mais ce n'est pas que le fait de cette année, c'est la goutte de plus qui nous a fait dire qu'il était vraiment temps qu'on s'ajuste.»

L'industrie de la musique se métamorphose à grande vitesse. D'une part, les maisons de disque sont davantage sur le terrain et sont plus «agressives», mais aussi, Internet a changé la donne. Si les ventes de disques chutent en partie à cause du téléchargement illégal, le Web permet par ailleurs de créer des engouements plus rapidement, et aussi de vendre la musique en ligne. Les Francouvertes refusent les inscriptions des artistes ayant vendu plus de 1000 exemplaires d'un disque au moment de la soumission du dossier, critère respecté par tous les participants. «Mais en ce moment, on ne tient pas compte des ventes sur Internet.»

Est-ce que le gros lot de 10 000 $ — plus une multitude de prix en tout genre — n'ira pas, au fond, dans les poches d'une maison de disques? Sylvie Courtemanche est catégorique: «Non. C'est un chèque qu'on fait à l'artiste, et jamais à la compagnie. Ce montant-là doit être rattaché à un projet artistique précis, avec un budget. Et en général, plus l'artiste investit dans son disque, plus il reçoit rapidement des redevances de la vente des albums.»

Au-delà de cette récente crise de légitimité, Les Francouvertes devront peut-être jongler avec une autre crise, financière cette fois. La radio satellite Sirius, principal commanditaire du concours au budget d'environ 300 000 $, n'a pas encore confirmé son financement pour l'an prochain. Et la directrice devra aussi faire sans un programme fédéral de 20 000 $ qui a été modifié et qui prive plusieurs concours de ce montant. «Pour l'instant, on est sur la corde raide. C'est notre 15e anniversaire l'an prochain, et j'avais quelques projets en tête, mais on les a mis sur la glace.»

***
Au Club Soda, lundi 3 mai à 20h. Billet: 15 $, en vente sur Ticketpro et à la porte.