En m'amusant à "googler" mon nom (vous l'avez tous fait un jour), je suis tombé sur le site hhfranco.com, où un éditorial de Simon Dor, alias Katana, a été fait en se basant sur une de mes critiques, celle du groupe rap Les 2 Tom. D'abord étonné, puis un peu marabout, ce texte m'a surtout poussé à la réflexion.
Je vous invite à lire le tout ici.
L'auteur questionne les prémices de la critique, soit que j'avoue d'emblée ne pas trouver "souvent (mon) compte avec le hip-hop d'ici : trop de clichés de mauvais garçons de la rue ou, à l'inverse, de gentils rimeurs à l'accent étrangement français".
La division proposée des artistes hip-hop est réductrice, je l'admets, bien que plusieurs des disques que j'ai récemment reçus au journal (Peezee, Snagga Shee) se rapprochent fortement de la première catégorie. J'ai l'impression qu'un public néophyte peut trouver dans cette séparation une certaine résonnance. Dans notre cas, celui du Devoir, les statistiques nous montrent que le lecteur est en bonne partie âgé, aisé, loin du monde hip-hop. Bref, ce que j'énonce "d'emblée" est peut-être pour Katana -- certainement un plus grand amateur de hip-hop que moi -- issu d'une autre époque et déplorable, mais c'est encore la perception qu'en ont plusieurs.
Ce qui nous ramène à l'éditorial:
Il est clair que ce chroniqueur du Devoir a un public cible limité pour lancer de telles affirmations sans exemple. On dirait presque qu'il tente de rallier ceux qui avaient déjà ce genre de classement en tête de son côté pour qu'ils suivent son point de vue. Quoiqu'il en soit, son article vise nécessairement un public externe aux amateurs de rap québécois, ceux qui ont pourtant le plus de chances d'acheter cet album.Ce que Katana semble critiquer me semble justement la "force" de cette critique: tenter de faire découvrir un album de rap bien foutu à des gens qui, en temps normal, ne s'y serait jamais attardé. Aux plus vieux dont on parlait tantôt, mais aussi aux plus jeunes, souvent universitaires, qui lisent aussi mon journal. Ce que je dis, c'est : "T'as de la difficulté comme moi à trouver ton compte dans le hip-hop? Attends, j'ai découvert un bon disque, je t'en parle, je pense que tu pourrais aimer ça."
En fait, cet éditorial me force à me poser une question: Pour qui écrit-on?
Pour le fan de hip-hop, pour la madame de la rue Panet, pour l'amateur de musique, pour le lecteur de notre journal, de notre publication? Pour soi?
Qu'en pensez-vous, amis lecteurs?



3 commentaires:
En fait, tu écris pour le lecteur de ton médium. Car il ne faut jamais oublier que l'entité qui te publie s'adresse à une certaine tranche de la population.
La presse grand public offre rarement du contenu spécialisé. Quand on parle de rap, de musique électronique, d'art contemporain, de nouvelles technologies, on doit nécessairement vulgariser les notions pointues pour que le lectorat puisse se sentir à l'aise et veuille continuer la lecture pour en apprendre plus.
Il faut, à un certain degré, parler la langue de celui qui t'écoute pour qu'il te comprenne. Le Devoir ne s'adresse pas à des experts en rap Québécois.
Mais pour en revenir à la critique de Katana, je crois que tu devrais tout de même te compter chanceux d'avoir affaire à des répliques respectueuses et bien formulées. Car le fait d'écrire et de publier, entraîne des discussions, des débats. Et tant mieux si tous agissent de manière civilisée.
Je suis content d'entendre le point de vue opposé à mon texte. En effet, le public cible est toujours à prendre en considération, c'est pourquoi j'en parle dans mon éditorial. En fait, ce qui m'a le plus affecté dans le texte initial du Devoir n'est pas l'idée de l'auteur - qui était, en effet, de faire connaître un groupe de rap différent de ce qui se fait habituellement - mais, l'idée de devoir simplifier au maximum la complexité de la réalité du rap québécois, afin de faire comprendre à la majorité. L'idée derrière mon éditorial était plutôt de faire comprendre aux gens qu'il existe un filtre qui masque la musique, et que pendant que les gens n'entendent pas ce qui se fait, les choses changent et évoluent avec ou sans le lectorat du Devoir.
Je vous remercie de cette réponse, qui me permet de clarifier davantage vos intentions personnelles. Je ne veux aucunement discréditer les motifs qui vous ont poussé à écrire le texte, au contraire: si la majorité des gens étaient comme vous, vous n'auriez pas à vulgariser la manière dont on parle de musique.
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