samedi, octobre 10, 2009

We Are Wolves - La sagesse du loup

Figure de proue de la scène alternative montréalaise, l'énergique trio We Are Wolves a procédé cette semaine à une nouvelle attaque musicale mélangeant le punk et la musique électronique. Deux ans après le succès de l'hypnotisant et agressif Total Magique, qui leur a permis de tourner en Europe et aux États-Unis, les loups ont gagné un peu en sagesse sur leur nouveau disque, Invisible violence, où la guitare et les mélodies prennent une plus grande place aux côtés des claviers et des percussions.

Alexandre Ortiz (voix, guitare et basse) et Vincent Lévesque (claviers), issus des arts visuels, et Antonin Marquis (percussions) ont créé We Are Wolves en 2000, attendant près de cinq ans avant de lancer leur premier disque, Non-Stop je te plie en deux. Remarqués par les initiés, c'est toutefois avec leur disque Total Magique que les trois musiciens ont rejoint beaucoup de paires d'oreilles -- ils ont même remporté en 2008 un prix Gémeaux pour leur composition de l'indicatif acidulé de l'émission Bazzo.tv!


Après avoir livré de féroces concerts de San Diego à Prague, en passant par Toronto et Londres, ces amoureux des rythmes répétitifs avaient visiblement envie de modifier leur son. «Je pense qu'on voulait un peu plus de beauté», résume Vincent Lévesque au bout du fil. Bon, Invisible violence reste dans le même filon que son prédécesseur, mais il est vrai que les morceaux, majoritairement chantés en anglais, sont mieux dosés, laissant un peu d'air passer entre les instruments. Presque absente de Total Magique, la guitare électrique prend maintenant une plus grande part, alors que les claviers et les synthétiseurs sont moins saturés et livrent un son électronique inspiré des pionniers du genre -- Karftwerk, par exemple.

"On avait un désir de mélodie, et il y a moins de place pour les mélodies quand tout est dans le tapis, raconte Vincent Lévesque, qui travaille maintenant avec quelques nouveaux instruments. On a aussi appris à jouer quand il faut jouer. On avait le feeling que personne n'avait sa place, c'était rendu un gros paquet, et on voulait aérer ça un peu pour qu'on puisse entendre les sections importantes.»

Des voix et de la violence
Parmi les «sections importantes», le claviériste souligne la section vocale, maintenant mise davantage en avant-plan au mixage. «La voix, c'est tellement un truc qui rejoint l'humain au premier degré, ça serait stupide de ne pas s'en servir. Et on assume plus les textes aussi.»

Si Total Magique abordait dans sa prose un certain mysticisme, Invisible violence nous plonge en pleine nuit, dans un état de confusion, de commotion, où les références aux rêves, à la lumière, aux couleurs et à la nature sont nombreuses. «The world is in movement / and movement is violence / the violence to motion / to motion desires», peut-on entendre sur Vague, écrite, comme toutes les pièces, par Alexandre Ortiz.

«C'est une vision un peu plus philosophique de la violence, comme étant le mouvement, le dynamisme, raconte Vincent Lévesque. En partant d'un point rien, d'un point vide, chaque petit truc, chaque petite émotion à partir de là est violente par rapport à l'arrêt.»

We Are Wolves lance son dernier-né les 15 et 16 octobre au National, à Montréal. Le trio fera ensuite un saut à New York avant de lancer une tournée québécoise d'une quinzaine de dates. «Ça me garde à flot de pouvoir tourner avec ce projet-là, qu'on a construit de toutes pièces, confie Lévesque. Quelques années plus tard, on se retrouve à voyager entre amis avec notre musique. C'est assez fantastique.»