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samedi, octobre 30, 2010

Critique: Alexandre Désilets - La Garde

Pop-rock
La Garde
Alexandre Désilets
Maisonnette / Sélect

Avant même d'écrire les premières notes de son deuxième disque, Alexandre Désilets n'avait qu'une volonté: se réinventer. Et ça nous plaît. Le talentueux Gatinois a beau avoir reçu une pluie de récompenses pour son premier album, Escalader l'ivresse, ses envolées éthérées et ses longues phrases musicales ne nous avaient jamais franchement happé. Du bien beau, sans velcro. Avec La Garde, Désilets va à l'essentiel, augmente le rythme et met en évidence les mélodies. Les pièces étant plus pop, l'oreille y trouve son compte à la première écoute, et une foule de bruits, craquements et autres sonorités électro-acoustiques à la Múm enrichissent les écoutes subséquentes. C'est comme un tourbillon dans un tunnel, ça brasse, mais on ne s'égare pas. Une réserve: perdus dans le mix, on peine à retenir les textes, coécrits avec Mathieu Leclerc. La Garde, réalisé par Jean Massicotte, va trouver preneur du côté des fans de Daniel Bélanger, de Yann Perreau et de Radiohead époque In Rainbows.


À pas de géant

mardi, octobre 19, 2010

Critique: Jimmy Hunt - Jimmy Hunt

Pop
Jimmy Hunt
Jimmy Hunt
Grosse Boîte / Sélect

Après l'éclatement de son groupe Chocolat, le chanteur Jimmy Hunt revient à ses premières façons de faire, en solo. Jadis homme-orchestre, il est plutôt aujourd'hui un homme avec un orchestre, composé de Martin Chouinard, Guillaume Éthier, Emmanuel Éthier et Patrick Gosselin. Ce disque éponyme montre le côté plus romantique de Hunt, laissant la moitié loup de Chocolat au vestiaire. Avec des textes touchants, d'une poésie sans prétention, il frappe en plein dans le mille. Et la musique, bleue et enrobante, est un baume au coeur. Si on sent beaucoup de citations (le Gainsbourg "doux" et/ou "Percussions", Claude Dubois (??) sur Annabelle), l'ensemble d'une quarantaine de minutes -- symphonique par moments et assez folk les autres -- s'écoute d'une seule traite avec un grand plaisir. Voici la trame sonore par excellence de votre automne. En magasin dès ce matin, 19 octobre.


Jimmy Hunt - Motocross

vendredi, octobre 15, 2010

Critique: Jérôme Dupuis-Cloutier - Gentleman refroidi


Chanson
Gentleman refroidi
Jérôme Dupuis-Cloutier
Indica

Connu d'abord grâce à son groupe Le Roi poisson, et dans une moindre mesure par son projet Le Citoyen, le chanteur et trompettiste Jérôme Dupuis-Cloutier lance sans paravent ou pseudonyme un disque surprenant, à la fois accessible et audacieux. Intitulé Gentleman refroidi, le court album de neuf pièces totalisant une trentaine de minutes est pop, mais avec une touche plutôt unique, hors des contraintes cool du moment. Dupuis-Cloutier, dont la voix peut se rapprocher de celle de Yann Perreau, enrobe ses bonnes mélodies d'un mélange hétéroclite mais harmonieux de guitare, de cuivres, de banjo, de clavier et même de cordes. Ici, on entend un peu le jazz de Gainsbourg ou de Vian; ailleurs, Ferland ou le plus éclectique Frank Martel. Les «rapaillés» y prendront aussi leur pied, d'autant que Dupuis-Cloutier chante Denis Vanier (Les Grands Labours) et Yann Godbout (L'Ontologie de mon être clôt la pièce Nationaliste déchu). Du grand bonheur en noir et blanc. En magasin mardi le 19 octobre.

Les Rochers, par Jérôme Dupuis-Cloutier

lundi, octobre 04, 2010

Critique: Caloon Saloon - Buckshot

Country-folk
Buckshot
Caloon Saloon
Indépendant

Il y a quelque chose de franchement fortifiant avec la musique du quatuor country-folk Caloon Saloon. Que ce soit les ballades poussiéreuses ou les pièces doo-wop des Montréalais à bretelles, leur douzaine de morceaux (dont des reprises de WD-40 et d'Urbain Desbois) fait hausser notre niveau de bonheur brut. Mené par le chanteur et contrebassiste Michel-Olivier Gasse (Vincent Vallières), Caloon Saloon oscille sur leur premier disque entre le comique et le touchant, le rapide et le lent, le propre et le broche à foin. Parce que, oui, il y a du bric-à-brac sur Buckshot, réalisé par Dany Placard. Ça fausse à quelques endroits, certains textes ne sont pas au point, ça sonne un peu creux. Si on oublie moins les faiblesses de l'écriture, on pardonne les autres imperfections, qui au fond donnent du charme à ses airs enrobés de dobro, de lapsteel, de banjo et de mandoline. Les amateurs de Lake of Stew trouveront certainement leur compte avec Buckshot. On peut acheter le disque sur bluetracks.ca et bientôt chez les disquaires indépendants du Québec.

Critique: Les Frères Goyette - Rencontre du troisième âge

Chanson
Rencontre du troisième âge
Les Frères Goyette
Grosse Boîte / Sélect

Les Frères Goyette — qui ne s'appellent pas Goyette et ne sont pas frères — lançaient récemment leur troisième disque, intitulé Rencontre du troisième âge. Et on ne sait plus trop quoi en penser. Le groupe joue toujours la carte comique du beau-frère un peu simple mais au grand coeur, interprété d'une voix caricaturale par le chanteur Mario Goyette (Simon Laganière) à travers des chansons folk et quelques courts sketchs. Et ce qui confond, c'est que ce côté «ado» fait contraste avec les qualités musicales impressionnantes de ce troisième disque, tout comme avec ses propos touchants et matures sur le vieillissement (immenses En résidence, entre nous et Les Derniers Milles). Coincés dans leurs personnages, Les Frères Goyette? On sent en tout cas plus que jamais les coeurs battants derrière leurs fausses moustaches quand on entend des phrases comme: «Et on vieillit sur les quatre flashers / Le bon Dieu a les deux mains sur les breakers.»

vendredi, août 20, 2010

Critique: La Patère rose - Waikiki

Chanson
Waikiki
La Patère rose
Grosse Boîte

La Patère rose roule en Cadillac ces jours-ci. Après avoir accompagné le chanteur Mika en tournée européenne au printemps, voici que le trio sherbrookois fera paraître son premier disque sur le Vieux Continent à la mi-septembre sur étiquette Naïve. Pour faire patienter leur public québécois, Fanny, Jules et Thomas font paraître mardi un mini-album de quatre titres, intitulé Waikiki, nom d'un quartier de Honolulu. Le EP propose une version estivale de leurs airs pop-électro habituels, à l'instar du récent Au soleil, de Yann Perreau. La Patère rose a rangé dans le placard les échantillonnages et les platines pour sortir le ukulélé, le banjo, le piano jouet et la guitare slide. Chocolove reste relativement fidèle au ton de son disque, tandis que Petit ours et Waikiki ont une franche touche hawaïenne, le bruit des vagues en prime. En clôture, le groupe offre une version «country beach» de Décapote. Sympa, même si on aurait préféré une autre nouveauté. En vente mardi sur iTunes, sur le site de Grosse Boîte et un peu partout en magasin pour environ 7 $.

samedi, mai 15, 2010

Critique: JP Nataf - Clair

Chanson
Clair
JP Nataf
Tôt ou tard
Pour exorciser sa longue carrière avec son défunt groupe Les Innocents, le Français JP Nataf avait fait paraître en 2005 Plus de sucre, un magnifique premier album solo rempli de délicates bombes (Mon ami d'en haut, Ovale lune, La Grande Ourse), qu'on fredonne encore cinq ans plus tard. Cinq ans, c'est ce qu'il aura fallu à Nataf pour pondre Clair, nouveau recueil de perles intrigantes. Le multi-instrumentiste réussit comme peu le font à bricoler des pièces folk aux apparences simples mais à la structure hors normes, complexe, qui se joue des codes. Pensez à ses bons amis Mathieu Boogaerts et Albin de la Simone, deux autres extraterrestres de la chanson. Nataf, dont le propos demande parfois attention et décryptage, gratte abondamment sa guitare aux cordes de nylon et enrobe quelques titres de banjo, d'orgue, et de délicates percussions. Clair offre un grand plaisir, introspectif certes, mais un grand plaisir tout de même. On vous en reparle aux FrancoFolies.

***
Écoutez la pièce Elle, de JP Nataf.

samedi, mai 08, 2010

Critique: Accrophone en Chine

DVD Hip-hop
Merci - Accrophone en Chine
Accrophone
Districk Music - RicoRich Prod/ Select
Le duo hip-hop Accrophone, qui a déjà deux disques à vendre à la table des marchandises, a eu la chance au printemps 2009 de faire une tournée de 16 spectacles en 20 jours en Chine. Ces jours passés dans l'Empire du Milieu ont été captés avec les moyens du bord par Félix Trépanier, qui s'est en quelque sorte infiltré entre les deux rappeurs, Emmanuel Lajoie-Blouin et Claude Bégin, et l'équipe de musiciens et de gérance. Filmée avec une caméra brouillonne, sauf à de rares exceptions, toute la bande vit un choc culturel, sociologique, voire politique. Les mouvements d'images sont rapides et le son, pas toujours au point, à l'image de leur dépaysement. On voit bien sûr Accrophone monter sur scène — et recevoir des accueils allant du délire au calme plat —, mais ce DVD n'en est pas un de musique; c'est d'abord et surtout un amusant documentaire. En bonus, on y trouve tout de même les 13 vidéoclips du duo.

vendredi, avril 16, 2010

Critique: Mohammed - L'Ombre d'un doute

Slam
L'Ombre d'un doute
Mohammed
Maisonnette / Select

De nos récents débroussaillages de disques d'artistes émergents, celui de Mohammed est tout de suite sorti du lot. L'Ombre d'un doute, le premier disque du Montréalais d'origine algérienne, reflète un grand talent et d'une assurance impressionnante. Cet album est celui d'un poète — parfois un brin prophète — qui parle sans économie de mots de racines, d'immigration, de frontière, d'écriture. À l'image d'Abd al Malik ou d'Oxmo Puccino, Mohammed pose la voix, récite, raconte, et on écoute, même si la densité des textes nous force à y revenir pour mieux saisir. Le slameur a bossé avec le rappeur et producteur Boogat, qui livre ici une trame musicale jazzée doublée de cordes, de flûtes et de beaucoup de piano. Malgré de bons flashs musicaux (Mon ami, qui évoque Satie et Why Can't We Be Friends) et un départ canon, le rythme lent du reste et plusieurs structures répétitives fatiguent. On s'en reparle sûrement cet été.

vendredi, avril 09, 2010

Critique: Gaëtan Roussel - Ginger

Chanson rock
Ginger
Gaëtan Roussel
Universal
Cette voix unique, c'est celle de Gaëtan Roussel, de Louise Attaque, aussi croisé au passage avec son excellent projet Tarmac. Après avoir travaillé avec quelques grands (le Bleu pétrole de Bashung, c'est un peu lui, le Bonjour de Rachid Taha aussi), Roussel revient solo, mais pas tout à fait. Le Français s'entoure ici d'amis du métier, comme Gordon Gano (Violent Femmes), Tim Goldworthy (LCD Sound System), Joseph Dahan (Les Wampas) et la chanteuse d'ESG, Renee Scroggins. Monté sur un squelette acoustique, Ginger est toutefois pas mal rock, voir dance. Dans les moments les plus tempétueux, les guitares électriques sont bien fuzzées, il y a de l'électro rebondissant, du funk et du disco rappelant les délires d'un Daniel Bélanger. Le disque, qui contient des traces d'anglais, laisse l'auditeur respirer avec des titres plus doux (Mon nom, Les Belles Choses) qui ramènent Roussel dans ses ornières — parmi les plus belles de l'Hexagone. Un album béton, intelligent, aussi hardi qu'émotif.


mercredi, mars 24, 2010

Critique: Antonio - Antonio 2

Instrumental
Antonio 2
Antonio
La Tribu / Dep

David Brunet, que l'on connaît d'abord comme réalisateur de disques (Coeur de pirate, Tricot Machine, Daniel Boucher), lance mine de rien son deuxième disque avec son projet de musique instrumentale Antonio. Brunet reprend là où son premier opus nous avait laissés, dans une trame sonore un peu western et psychédélique. Mais sur ce récent effort, tout explose: c'est une véritable fanfare sur le LSD. Le chef d'orchestre, ses 18 musiciens (beaucoup de cuivres) et quelque 25 choristes nous plongent quelque part entre la B.O. d'un film des années 1970 mettant en vedette Donald Pilon, du Ennio Morricone, des airs à la Mission impossible et les criardes voix féminines sur Dark Side of the Moon de Pink Floyd. Les orgues vibrent rondement, les xylophones sautillent, le mélodica chante, les bongos jouent aux espions. Le tout n'est pas sans humour, mais est fait avec le plus grand sérieux. Il ne reste plus qu'à prendre ces 12 morceaux et de s'en faire son propre cinéma!

lundi, mars 22, 2010

Critique: Moussette - Le Club alpin

Rock
Le Club alpin
Moussette
Indépendant
Au formatage radiophonique et à l'aseptisation de notre musique pop et rock, la formation Moussette est un des baumes les plus efficaces du moment. Le quintette mené par le chanteur Michel Moussette et où figurent entre autres deux musiciens d'Avec pas d'casque (le frère du chanteur, Nicolas, et Joël Vaudreuil) offre avec Le Club alpin une proposition audacieuse, quoique tout à fait accessible. Empreintes d'une séduisante nonchalance, les pièces du quatrième disque de ce groupe jusqu'alors plutôt confidentiel n'ont pourtant rien de paresseux, oscillant entre une pop intelligente (Feuilles vertes), de fines envolées exploratoires (Les Panneaux solaires), du rock déconstruit à la sauce Labyrinthes, de Malajube, et des relents «stoner». On vous avertit, on n'entend que dalle des textes, pourtant très forts en images, chantés avec une voix fragile de circonstance. À écouter en ligne ou à télécharger pour quatre maigres dollars au www.moussette.bandcamp.com.
Philippe Papineau

jeudi, mars 18, 2010

Critique: Espace émergence vol.1

Compilation
Espace émergence Vol.1
Artistes variés
http://www.espace-emergence.com/

Les amateurs de musique du champ gauche ont une nouvelle compilation d'artistes de la relève à se mettre sous la dent, intitulée Espace émergence, du nom du site Internet qui regroupe et vend en ligne les albums d'artistes indépendants sans contrat de disque. Vingt-quatre chansons sont rassemblées sur un disque double aux sonorités assez dispersées. On y trouve quelques noms un peu plus connus (Benoit Paradis, Ève Cournoyer, L'Indice, Les Frères Goyette), quelques belles découvertes (Archigéant, Chasing Bright Lights, Michèle O.), mais aussi beaucoup d'artistes qui sont encore plutôt verts, et pas toujours ou pas encore à la hauteur. Le problème est peut-être que cette compilation ne s'abreuve que des artistes inscrits au site Web, ce qui limite grandement les choix et n'offre pas un réel portrait de la scène actuelle. Le disque gratuit à commander au www.espace-emergence.com/ souffre en ce sens de la comparaison avec les défuntes compilations Québec émergent.

lundi, mars 08, 2010

Critique : Lac Estion - XXIe siècle

Chanson-rock
XXIe siècle
Lac Estion
Poulet neige

Selon les dires du groupe Lac Estion, leur deuxième disque, XXIe siècle, «n'est pas l'album de la maturité». Fausse modestie? Tactique de psychologie inverse? Pourtant, le quintette installé à Montréal n'a pas à avoir honte de ses 12 nouveaux titres, qui forment une suite plus qu'honorable à leur premier disque Affranchi, déjà très bien fait malgré plusieurs maladresses. Quelque part entre un indie-rock en vogue, un folk bien québécois et une musique progressive aux claviers dopés à l'hélium, XXIe siècle comprend des textes plus pertinents que par le passé, laissant de côté le jeu de mots pour le propos, aussi cynique soit-il: l'époque reçoit une claque, mais ce n'est jamais lourd. Lac Estion marque pas mal de points avec des mélodies contagieuses, des structures qui sortent des sentiers mille fois empruntés, et un chanteur dont la voix forte n'a rien à envier à celle de Louis-Jean Cormier, de Karkwa. Et le plus beau là-dedans, c'est qu'il y a encore de la place pour mieux. Ce sera peut-être pour leur disque de la maturité.

dimanche, janvier 31, 2010

Critique: Francis d'Octobre - Ma Bête fragile

Pop
Ma Bête fragile
Francis d’Octobre
Tacca / Select

Musicien d’expérience qui a roulé sa bosse avec plusieurs artistes en tout genre (des Tireux d’Roches à Alfa Rococo en passant par Catherine Major), Francis d’Octobre fait maintenant ses premiers pas en solo sous les projecteurs. Finaliste à Granby et aux Francouvertes, le multi-instrumentiste montre sur Ma Bête fragile un talent certain pour la formule pop et la mélodie gagnante. Si Francis d’Octobre — de son vrai nom Roberge — n’a pas encore la même maîtrise ni la même puissance qu’un Yann Perreau, il sait nous chanter le refrain Velcro, qu’on fredonne de manière inexpliquée en faisant la vaisselle. Pas si loin des ritournelles de Chinatown, de la sensibilité de La Patère rose ou des expérimentations percussives d’Orange orange — Dom Hamel a coréalisé le disque — Ma Bête fragile ne compte vraiment pas de fausses notes, mais pèche sur la durée par un manque d’audace et de variété. Les textes à fleur de peau, multipliant les références au voyage et aux animaux, n’arrangent rien à l’affaire. Fragile indeed.

dimanche, décembre 13, 2009

Fred Fortin à l'eXcentris - Se battre contre la salle

Quelle étrange soirée vécue samedi à l'eXcentris, alors que Fred Fortin revenait enfin nous voir.
Pour sa rentrée montréalaise, la fierté de Saint-Prime a malheureusement hérité d'une salle horrible, avec laquelle il a dû se battre. La foule aussi d'ailleurs.

Côté musique, soyons clair. Si Fred a commencé nerveux et pas avec autant de vigueur qu'il aurait pu, il a fini avec beaucoup d'aplomb. Il était accompagné sur scène des guitaristes Olivier Langevin et de Jocelyn Tellier -- dur de trouver mieux -- et du batteur Justin Allard, qui a torturé ses tambours à grands coups de baguettes de bois. Fred a offert toutes les pièces de Plastrer la lune et plusieurs de Planter le décor, dont Conconne, Pop citron, Robeur et Châteaubriand, bijou d'intensité hier. De son premier disque, il a même offert Testament, que je n'avais jamais entendu autrement que sur disque. Un moment rare à garder dans un tiroir de ma mémoire.

À travers toute cette bonne musique, Fortin a quand même dû composer avec un environnement hostile. La foule qui va voir Fred Fortin est plutôt vendue d'avance, mais plusieurs ont perdu un peu d'enthousiasme une fois les portes de l'ancien cinéma franchies, alors que des considérations très terre-à-terre en ont fait rager plusieurs.

D'abord cette longue file pour le vestiaire -- une autre salle de cinéma transformée en garde-robe, triste --, cette odeur de poussière brûlée, puis cette interminable attente pour le bar. Un bar? Non, ça ne mérite pas ce nom. Trois petits chariots, des poubelles avec de la glace en guise de frigo, des employés qui ne débouchent même pas les bières et qui te remettent de la monnaie détrempée. C'est pas l'OSM, on n'arrive pas en voiture dans le stationnement de la PdA pour aller s'asseoir directement sur nos sièges rouges; c'est un show rock de Fred Fortin, les gens viennent tripper musique et boire des bières, faire la fête. Deux mois après son ouverture comme diffuseur de spectacle, l'eXcentris n'est pas à la hauteur.

À un certain moment, Fortin fait un toast avec la foule, mais des gens crient : "Y'a même pu d'bière!" Quoi? "Un show de Frédéric Fortin sobre, ça manque de vice!", s'est amusé le chanteur. Aussi bien en rire.

Quant à la configuration de la salle, on a encore des doutes. Faite en 3 paliers et avec une scène pas très haute, elle n'offre une bonne vue qu'à la poignée de gens au parterre et aux gens qui sont placés au-devant des deux autres niveaux.

Est-ce que la bonne musique de Fred aurait fait exploser la baraque au Club Soda ou à l'Astral? Poser la question...

lundi, décembre 07, 2009

Critique: Boni Suba - Boni Suba

Rock
Boni Suba
Boni Suba
La Tribu / Dep
D'emblée on se méfie. Dans le communiqué de La Tribu, qui vient de signer la jeune formation Boni Suba, composée de six Montréalais de 23 ans, il est écrit en haut de page: «Ils ne ressemblent à personne. Ils ont des choses à dire.» Deux qualités effectivement toujours recherchées... mais pas trouvées sur ce premier disque. En écoutant les quatre musiciens et les deux MC du groupe, on pense rapidement à Red Hot Chili Pepper, à du Jean Leloup époque Les Fourmis, au côté reggae d'un Paul Cargnello, au rendu rappé d'Omnikrom et consorts. Quant au propos, bof, entre quelques «heille le gros» et «yo dude», Boni Suba est, disons, davantage cégépien qu'universitaire. Ce sont des tounes de party semi-engagées, aux thèmes usés, chantées par des p'tits gars bien élevés. Le funk-rap de Boni Suba ne peut pas remplir les promesses de sa maison de disques, mais il a le mérite de soulever une grosse dose d'énergie, qui doit prendre tout son sens sur une scène.

mercredi, novembre 25, 2009

Spectacle: La Patère rose au Cabaret

Soirée en deux blocs, hier au Cabaret Juste pour rire, où le trio La Patère rose effectuait sa rentrée montréalaise officielle, après avoir roulé sa bosse dans une multitude de petites salles depuis la parution de leur premier album, en mars.

Le format et l'ambiance de cette salle étaient parfaits pour le groupe et son public, que j'ai trouvé assez jeune en âge -- exception faite des vieux décrépis de 28 ans qui traînaient au fond, évidemment.

Fanny Bloom, Roboto et KiloJules ont débuté leur concert en lion, dans une surprenante discipline. Pif paf pouf, l'Épilogue a déboulé sur Les Deux bonnes soeurs, PaceMaker et Décapote, avec à peine une respiration entre chaque. Pas de badinages, mais pas de grands contacts avec nous non plus. Pro mais rigide. La ligne est mince.

Ça a pris un certain temps, donc, pour que leur magie n'égale leur rigueur. Pas mal, l'idée de reprendre Le Troubillon de la vie, de Jeanne Moreau, pièce velcro entendue dans le film Jules et Jim, de François Truffaut -- et aussi au radiothon de CIBL, mais bon! Ça a mis la table pour la suite du concert.

Le trio a invité sur Chamord-sur-mer les (autres) potes de Misteur Valaire, et déjà ça levait plus. Sur Duchesse, KiloJules déconnait un peu, mimant des envolées de papillons avec ses mains, et jouant les rôles du sampling des Aristochats. Ça nous a accroché un sourire, et bon, on avait l'impression après que Fanny se lèvait davantage du clavier, qu'elle bougeait plus et que tout le monde, le groupe y compris, avait l'air de s'amuser. La Marelle s'est terminée par ce qui semble être une pièce connue du répertoire anglo pop cool que je ne connais pas -- je me spécialise dans les inconnues, hein. Même l'espèce de gros capteur de rêve illuminé -- le cristal de Mutantès pour les pauvres, dirait-on à la blague -- imaginé par l'éclairagiste Mathieu Roy s'est mis de la partie, clignotant en tout sens.

Et à partir de là, et bien, c'est complètement sorti des ornières. Le rappeur Benny BBQ, inconnu au bataillon avant hier, est arrivé pendant Backyard Souvenir pour chambranler le tout avec succès, puis sont arrivés les chapeaux de plumes, et une série de nouvelles pièces, dont Aborigènes Bitches -- ça ne s'invente pas --, On est fait pour aller ensemble (pas convaincu) et Avec toi dedans. Cette dernière a été interprétée par tout ce qu'il y avait de musiciens au Cabaret, le rappeur, Misteur Valaire, La Patère rose et même Grosse Distortion, la première partie du show. Peut-être un clin d'oeil au clip Subterranean Homesick Blues de Dylan, les paroles étaient affichées sur de gros cartons blancs pour que la foule puisse chanter en choeur.

Enfin, c'était un gros party et ça pétait de partout, tout en restant pro.

***
Un mot sur Grosse Distortion. Composé de Jean-François Provençal et Julien Corriveau, deux des humoristes des Appendices ainsi que de France et Luis de Misteur Valaire, le groupe a vraiment fait le boulot. Provencal, à la guitare et au chant, avait tel un Antoine Gratton non pas un oeil marqué d'une étoile, mais bien les deux. Quelque par entre Band de garage, Avec pas d'casque, et Flight of the Concords, le groupe fait rire avec des tounes absurdes -- cette pièce hommage à Beau Dommage --, tout croches mais super efficaces. Parfait pour un petit Quai des Brumes, ce dimanche à 18h , dans la série Déplogue!

dimanche, novembre 22, 2009

Critique: Les Denis Drolet - Chants de Plume

Chanson
Chants de Plume
Les Denis Drolet
Spectra Musique /Sélect

Les brunâtres Denis Drolet qui enregistrent sur disque du Plume Latraverse? Oui, pourquoi pas. Grands fans du chanteur à la fois irrévérencieux et romantique, les deux humoristes ont chanté le pilier de la chanson québécoise sur scène à quelques reprises, dont aux dernières FrancoFolies. Sur Chants de Plume, les Denis Drolet ne font pas de blagues ni de sketchs, et ne se risquent pas dans l'adaptation ou le remodelage. Ils offrent plutôt des interprétations extrêmement fidèles des 12 pièces originales choisies — même la présentation graphique mime les derniers albums de Plume. Mêmes solos de guitare, même son de clavier, mêmes cris aux mêmes endroits. Chants de Plume n'est toutefois pas une compilation des tubes de Plume — pas de Bobépine, rien de Pommes de route — et mélange quelques titres plus connus (Rideau, Léon le caméléon, Chambre à louer) à d'autres plus obscurs (Mémoire courte, Bonne soirée, La Fête du mort). Voyons ça comme une main tendue à un public néophyte: des fois, ça prend un coup de main.

vendredi, novembre 06, 2009

Critique - Amylie, Jusqu'aux oreilles

Pop
Jusqu’aux oreilles
Amylie
Audiogram / Select

Ce premier disque de la chanteuse Amylie n’est pas une nouveauté de la semaine, puisque Jusqu’aux oreilles célèbre ce mois-ci sa première année de vie. La jeune femme s’est taillé une bonne place chez les radios commerciales avec la pièce Mes Oreilles. Sa musique n’est pas sans faille, mais elle est parmi ce qui est de plus intéressant qu’on puisse entendre sur les ondes des gros joueurs. Amylie peut faire penser à la française Camille, tout comme aux pièces de jeunesse d’Antoine Gratton. Jusqu’aux oreilles, drôlement bien enrobé par les vétérans JF Lemieux, Tony Albino, Carl Bastien et Alex McMahon, fait claquer des doigts par son aspect jazzé, orchestral, rythmé, presque reggae. Un bémol, les mélodies et les fioritures de voix ont tendance à se répéter, les pièces perdant ainsi de leur impact. Amylie, qui était en nomination dans la catégorie Révélation de l’année au Gala de l’ADISQ, fera sa rentrée montréalaise le 10 novembre au Cabaret Juste pour rire, dans le cadre du Coup de Cœur francophone.